Finance Islamique et marché immobilier en France
Interview de Capital.fr avec Anass PATEL
A l’heure où le gouvernement envisage d’offrir un cadre juridique et fiscal plus favorable pour accueillir la finance islamique, Anass Patel, directeur stratégie et recherche chez DTZ Asset Management, explique en quoi ce mode de financement pourrait aider à relancer le marché de l’immobilier.
Capital.fr : Les banques et le gouvernement s’intéressent de plus en plus à la finance islamique. Quel est aujourd’hui l’impact de ce mode de financement sur l’immobilier en France ?
Anass Patel : Cette finance se conforme à la sharia le droit islamique que doivent respecter les musulmans. L’intérêt, assimilé à l’usure, est interdit, mais les bénéfices sont autorisés. En d’autres termes, les banques ne font pas de prêts d’argent, mais proposent des contrats d’achats-ventes ou de crédit-bail à leurs clients. Dans l’immobilier : soit la banque achète le bien à un tiers pour le revendre par la suite à son client avec une marge ; soit elle acquiert le bien pour le louer à son client avec une option d’achat en fin de contrat.
Depuis le début des années 2000, toutes les grandes banques françaises ont développé ces pratiques pour le compte d’investisseurs institutionnels issus du Moyen-Orient. Mais la finance islamique ne représente encore que 3 à 4% des 27 milliards d’euros d’investissements institutionnels immobiliers en France. En cause : des contraintes juridiques et fiscales encore trop nombreuses comme par exemple le double imposition du financier sur les droits de mutation dans les contrats d’achats-ventes… La ministre de l’économie a promis de lever ces verrous d’ici la fin de l’année. Ce qui offrirait un vrai appel d’air et permettrait de doubler la part de la finance islamique dans les investissements immobiliers institutionnels.
Capital.fr : Peut-on aussi s’attendre à l’éclosion de nouvelles offres de financement immobilier pour les clients particuliers ?
Anass Patel : En France, plus de 500 000 personnes sont déjà intéressées par ce type de produits selon un récent sondage Ifop réalisé avec l’association Aidimm. Il y a donc un vrai potentiel. Plusieurs banques françaises ou européennes souhaiteront à coup sûr développer des offres conformes à la sharia pour le grand public. En Angleterre, ces produits existent déjà depuis cinq ans. Une banque comme l’Islamic Bank of Britain compte près de 50 000 clients particuliers.
Capital.fr : La finance islamique pourrait-elle aider à soutenir le marché de l’immobilier en France ?
Anass Patel : Clairement. Car elle peut représenter une alternative intéressante à un marché du crédit gelé qui mine aujourd’hui les transactions. Pour le banquier le risque est en effet moins élevé. Que l’on soit dans le système de l’achat-vente ou du crédit-bail, l’établissement financier est partie prenante de l’opération et reste même dans le second cas propriétaire du bien qu’il vend à l’acheteur. De toute évidence, ces mécanismes font qu’il est moins exposé aux éventuels défauts de paiement de l’acheteur. Ce mode de financement pourrait donc faciliter l’accès à la propriété et aider à soutenir les prix. Seul bémol : le crédit-bail immobilier reste encore interdit pour les particuliers. L’UMP a récemment évoqué l’idée de lever cette interdiction.
Source : Capital.fr
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