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La «Finance EaZi*» : une autre façon de voir la finance appliquée à l’économie réelle

L’interdiction, certes temporaire, de la vente à terme, décidée par les autorités de régulation américaine et anglaise ces derniers jours est un acte courageux qu’il convient de saluer, tant il remet en cause le principe même de liberté absolue, dans cette jungle que représente la sphère financière, largement motivée par le gain le plus rapide et la puissance du plus gros et du plus fort.

Il est vrai que l’onde de choc a été terrible, le système a vacillé dans son épicentre, emportant ses symboles historiques : faillites successives de ses fleurons bancaires américains, européens et asiatiques ; perte totale de confiance entre les principaux acteurs mêmes de la finance que sont les institutions financières ; assèchement rapide des liquidités internationales, dont les flux avaient pourtant grossi au cours de plusieurs années de croissance soutenue, et nécessité d’une alimentation continue des banques centrales mondiales, tout au long de ces dernières semaines ; empilement de produits financiers qualifiés de toxiques, fondés sur des montages financiers opaques et des actifs sous-jacents dont la réalité économique a été ignorée ou oubliée, tout cela résultant d’une folie de croissance rapide au mépris des fondamentaux de l’économie.
A une crise globale aux conséquences mondiales, il faut répondre par des principes…universels.    Que peuvent donc être les fondements économiques et sociaux susceptibles de rassembler les hommes autour d’un projet commun, d’une vision équitable des échanges monétaires, d’un juste équilibre dans leur rapport au système financier ? Soyons clair, ce ne sont pas les velléités affichées par les pouvoirs publics ou les autorités de régulation de « moraliser » le système financier en fustigeant essentiellement la rémunération indigne des grands patrons qui sauveront la planète financière.

A juste titre, l’essentiel des critiques portent sur le caractère fondamentalement déséquilibré du système et des échanges qu’il génère entre les acteurs économiques, qui ne s’opèrent pas seulement en faveur des dirigeants des banques, mais bien plus en faveur des institutions financières, par nature hyper puissantes, faisant fi des besoins de la population, des entrepreneurs et du partage des risques.

Ainsi, à cause ou grâce à cette crise, on entend ici et là des propositions pour revoir le mode de fonctionnement du système financier, pour améliorer son modèle de régulation, pour rationaliser ses outils d’investissement, voire pour repenser ses finalités de gestion. Avec l’objectif d’être plus en phase avec l’économie réelle d’une part, loin de la spéculation et de ses effets dévastateurs sur notre système d’échange et de production, et de créer, d’autre part,  un système moins capitalistique, plus axé sur la valorisation du travail, de la valeur ajoutée que représente un service rendu ou une prise de risque partagée, au delà du support financier utilisé.
A entendre ces voix exigeant une finance plus juste, comment ne pas se demander si notre système ne pourrait pas – ne devrait pas ! - tendre vers plus d’éthique, avec un système monétaire moins pernicieux, qui ne serait plus fondé sur le seul rendement financier de produits exclusivement monétaires, sans rapports avec des actifs tangibles ? Ne pourrait-on pas, avec un peu plus de bon sens et quelques principes simples, mais économiquement justifiés, socialement responsables et surtout humainement acceptables, aider notre cher et bon vieux système à évoluer… dans le bon sens, précisément ?

La finance éthique est certainement d’un bon secours pour ses principes de respect de l’environnement, d’éloignement des activités moralement condamnables, comme les industries de la pornographie, de la drogue ou de l’armement, etc. Mais la crise d’aujourd’hui, en étalant au grand jour les dégâts d’un système financier exclusivement orienté sur la nature financière des produits et services, et non pas sur leur réalité tangible, économique, révèle ses insuffisances. La « Finance EaZi », éthique et sans intérêt bancaire, apparaît comme une bien meilleure formule, permettant de lutter contre toutes les spéculations et les dérives engendrées par les ego des hommes, et interdisant toute usurpation du pouvoir du détenteur du capital au détriment de l’agent économique, celui qui prend des risques, et par conséquent celui qui est en droit d’aspirer à un partage équitable des fruits de son labeur avec son partenaire financier, son banquier ou - plus élégamment dit - son capital-risqueur.

Le système capitaliste et ultralibéral est diaboliquement efficace pour générer des échanges au moyen de flux financiers, au-delà même des réalités économiques. Comment justifier que le montant des produits dérivés,  cette « arme de destruction massive » comme les qualifiait le sage du capitalisme mondial, Warren Buffet, nouveau détenteur des clés du changement du modèle financier, atteigne des proportions ahurissantes, jusqu’à plus de dix fois la richesse mondiale  ?

Et le gâteau spéculatif a continué de grossir jusqu’à ce que l’indigestion soit totale pour tous les convives, comme aujourd’hui. Depuis quelque temps, déjà, on n’investissait plus dans les actifs tangibles, passés de mode et pas assez immédiatement performants. On préférait boursicoter, ou plutôt jouer au casino de la bourse, faire des allers-retours sur les marchés monétaires, parier à la baisse le prix de tel ou tel actif, en fait un pseudo-actif (option d’en acheter) ou un mimétisme de son comportement (indice), bref, l’imagination était sans fin quand il s’agissait de faire de l’argent rapidement, sans prendre la mesure des risques, assurés que l’endettement avec intérêt bancaire permettrait de dynamiser la rentabilité intrinsèque du produit financier.

En réalité, le principe du système financier veut que le capital soit le point de départ, auquel on fixe une rémunération garantie et prédéterminée, sans considération aucune du caractère économique ou social de l’objet financé. Autrement dit, le système crée une relation pernicieuse où  le prêteur est toujours gagnant, sans se préoccuper du sort de l’emprunteur.

De même, le système impose sa logique de tout rendre virtuel, immatériel, de passer de l’économie réelle à la finance papier, ceci afin de mieux déconnecter le produit financier, de permettre une plus grande amplitude de manipulation pour optimiser son rendement par le biais de titres. Ces titres financiers ne sont que des droits sur la rémunération de l’objet de la transaction, sans que la partie censée acheter ne la détienne physiquement, laissant à la contrepartie censée vendre le soin de la prise de risque matériel.  La nécessité de détenir un actif pour prétendre jouir de son revenu, constitue le plus large fossé qui sépare la « Finance EaZi » de la finance conventionnelle.

On pourrait multiplier les exemples de déconnexion entre le produit financier et son sous-jacent, sa matérialité en quelque sorte. En effet, les fonds spéculatifs, les fonds arbitragistes, certains fonds alternatifs en on fait leurs « fonds de commerce » : spéculer à la hausse comme à la baisse par le moyen de produits dérivés et de techniques d’achat spéculatif, qui des matières premières, qui des produits agricoles, qui des devises, qui des produits immobiliers et tant d’autres produits à la frontière de l’économie réelle, mais qui ne s’expriment pleinement que dans le monde virtuel des virtuoses de la finance.

A l’opposé, les principes universels de la « Finance EaZi » tendent à s’éloigner de ces produits dits « toxiques » comme les « subprimes » pour les financements immobiliers. La « Finance EaZi » s’efforce de réconcilier l’homme avec son environnement,  de s’engager au service de l’économie réelle, qui seule permet de répondre aux besoins de l’humanité dans ses fonctions économiques, sociales et financières. A l’abri de toutes dérives spéculatives et dans le respect de la diversité des populations, plus et moins aisées, plus et moins chanceuses… Au moyen d’un arsenal de relations contractuelles adaptées envers les uns et les autres, sous la surveillance attentive des autorités de référence  … Sans attendre de rémunération fixe et prédéterminée de tout type de pseudo-actif, mais en s’efforçant de tirer un profit de la possession et de la gestion d’un actif tangible.

Cette finance éthique, et sans intérêt bancaire, est non seulement nécessaire pour remédier aux graves dysfonctionnements du système en place mais également souhaitable pour le rééquilibrage des systèmes de financement actuels, en adéquation avec les besoins des agents économiques, entre ceux qui entreprennent, « à leurs risques et périls » et ceux qui les financent au prix de leur rentabilité, selon le principe dit « des 3P », soit le partage des pertes et des profits.

La finance, en définitive, est à l’image des hommes : multiples et complexes, au service de leurs intérêts, tantôt égoïstes, tantôt œcuméniques ; sous l’influence des systèmes de pensées dominants, parfois colonialistes, parfois humanistes ; et le résultat de différentes théories, ici ultralibérales, là-bas, conservatrices. De même, la « Finance EaZi » peut avoir différentes colorations, différentes modalités d’application, selon les sensibilités des acteurs et des modèles en vigueur, tant par leurs cultures que par leurs convictions.

La finance internationale fut au fil de l’histoire à influence « chrétienne » avec l’éthique du protestantisme, « juive », à l’origine des grands marchands transfrontaliers, et donc du commerce mondial ;  « écologique », aujourd’hui, suite à la prise de conscience de l’épuisement des ressources naturelles ;  « islamique », enfin, avec cette exigence nouvelle de lier le système financier à des actifs réels et de rompre avec les règles de la financiarisation à outrance des instruments de dettes sans échange commercial .

Le moins que l’on puisse souhaiter, c’est que ce mois d’Octobre de 2008, 79 ans après celui de la grande crise du capitalisme de 1929, marque une date historique reconnue par les futures générations comme le début d’une convergence entre l’économique, le social, l’écologique, le financier et l’éthique, abolissant les phénomènes de spéculation et de surplus d’argent unilatéralement supporté par les emprunteurs.

Peut-être le point de départ d’une nouvelle ère de la finance au service de tous les hommes, réunis autour d’une Ethique commune et des convictions simples, sur le principe de financement à Zéro-intérêt  par le biais d’actifs sous-jacents réels et non strictement monétaires.

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Note : *« Finance EaZi © » (dites Finance IZI) : Ethique et à Zéro intérêt ou usure - usure étant compris comme tout taux fixe et prédéterminé de rémunération de l’argent (ceci incluant donc toutes formes d’intérêt bancaire)

 

 

 

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Finance islamique à la française Au-delà de l’intérêt d’une documentation solide, d’une argumentation juridique de haut niveau, d’une analyse précise des enjeux du développement et de l’intégration de la finance islamique, c’est à une véritable initiation qu’invite cet ouvrage. Initiation à une philosophie qui refuse que le temps soit argent, sans pour autant interdire le profit ou refuser les risques liés à toute entreprise humaine, qui impose de considérer le financier non plus comme un simple prêteur mais comme un partenaire avec qui l’entrepreneur partagera pertes et profits, qui interdit la vente d’une dette et impose à toute transaction la garantie d’un sous-jacent… Initiation à une finance islamique aussi susceptible de constituer un moteur pour notre économie que de proposer une alternative éthique à notre système financier. Initiation à une finance islamique « à la française » appelée (cf. Les Echos) à constituer « une alternative éthique pour le crédit » et qui fait dire à H. de Charette, ancien ministre des Affaires étrangères, qui en a écrit la préface, qu’« il est de l’intérêt stratégique pour notre pays de réunir au plus vite les conditions de son développement ». « La Finance islamique à la française ». Editions Secure Finance, 314 pages, 25 euros

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