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Que devient l’argent que nous déposons en banque ?

Dans nos économies modernes, les banques occupent une place de premier ordre … On pourra constater que la capitalisation boursière de la première banque mondiale (ICBC avec 186 milliards $) dépasse le PIB de pays développés comme Singapour avec 181 milliards $ en 2008.

Sous l’effet du poids des crises et des nombreux scandales, la stature de ces institutions ainsi que leur crédibilité sont aujourd’hui remises en cause et très décriées.

Plus récemment, la sphère financière a assisté à un réveil des consciences poussée par des consommateurs désireux d’avoir une idée plus précise de l’utilisation de leur épargne par les banques… Comment les banques utilisent-elles notre épargne et quel rôle jouons-nous dans le processus de spéculation et de transformation de l’épargne en produits toxiques ?

Que devient l’argent que nous déposons en banque ?

Dans nos économies modernes, les banques occupent une place de premier ordre [1] … On pourra constater que la capitalisation boursière de la première banque mondiale (ICBC avec 186 milliards $) dépasse le PIB de pays développés comme Singapour avec 181 milliards $ en 2008.

Sous l’effet du poids des crises et des nombreux scandales, la stature de ces institutions ainsi que leur crédibilité sont aujourd’hui remises en cause et très décriées.

Plus récemment, la sphère financière a assisté à un réveil des consciences poussée par des consommateurs désireux d’avoir une idée plus précise de l’utilisation de leur épargne par les banques… Comment les banques utilisent-elles notre épargne et quel rôle jouons-nous dans le processus de spéculation et de transformation de l’épargne en produits toxiques ?

Commençons par le commencement !

Dans l’essentiel des pays développés, les banques détiennent l’exclusivité du rôle de collecte des dépôts.

En France, le code monétaire et financier a octroyé aux banques, la quasi-exclusivité des fonctions de collecte des dépôts, de gestion de l’épargne et de distribution du crédit [2] . Les dernières statistiques de la Fédération bancaire française montraient d’ailleurs que 99% des Français disposent d’un compte bancaire [3] .

En mai 2009, les statistiques de la Banque de France estimaient à 1 390,4 milliards d’€uros le montant au titre des « Dépôts et crédits par agents, réseaux et produits des établissements de crédits français [4] »  ; montant tout à fait en ligne avec les 1 330,2 milliards d’€uros recensés par l’INSEE, fin 2007, au titre de l’ensemble des dépôts de la clientèle du secteur privé sur le territoire national.

Vous avez bien lu : on parle bien de plus d’un trillion d’euros de dépôts collectés par nos très chères banques. C’est, à peu de choses près, le montant de la dette de l’état français [5] ou l’équivalent de la moitié de l’or du monde !

On pourrait d’ailleurs être amené à se demander comment l’Etat français via la Banque de France pourrait se targuer d’être en mesure de garantir les dépôts de la clientèle quand on sait que le fonds de garantie des dépôts ne pèse que 1,8 milliards €uros [6] … Refermons la parenthèse et poursuivons notre propos.

Pour avoir une idée plus précise de ce que devient notre argent, il est essentiel de se remémorer le très célèbre concept de « transformation ».

L’histoire bancaire est celle d’un processus qui a gagné ses lettres de noblesse en confrontant l’offre et la demande de liquidité sur un marché : satisfaire les besoins de trésorerie des uns en faisant fructifier l’excès de liquidité des autres… La rémunération de la banque correspondant à la marge entre les intérêts perçus sur les crédits accordés et les intérêts versés aux déposants (préteurs)… C’est cela la transformation dans son assertion la plus simple !

En Algérie, le ministère de l’économie et des finances estimait, en 2006, lors du forum international sur la finance organisé à Alger, que le taux de transformation des ressources bancaires était de 55% [7].

En Afrique de l’ouest, des rapports indépendants situaient ce taux à près de 78% en 2004.

En France, il suffira de se rappeler que le montant total des crédits accordés à au secteur privé, s’élevait à 1 732 milliards d’€uros en 2007, soit plus de 100% du total des dépôts. Ce pourcentage est à nuancer. Des retraitements sont souvent nécessaires pour une correcte lisibilité du montant effectif de prêts (hors effets exceptionnels et autres facteurs d’ajustements).

Les experts du domaine bancaire pourraient m’objecter le fait qu’il existe des outils de contrôle, au sein des autorités de régulation, pour s’assurer que les banques ne prêtent pas la totalité des dépôts que nous leur confions…

En France, la Commission bancaire s’assure du strict respect du coefficient de liquidité bancaire [8]. De façon schématique, la banque doit être capable de restituer à ses déposants le montant de l’argent qu’ils ont sur leurs comptes dépôts à vue dans la limite des montants de retraits autorisés.

Ce coefficient doit être en permanence supérieur à 100%, traduisant le fait que la banque doit constamment être capable de faire face à ses engagements courts sans avoir recours à des emprunts supplémentaires dans le mois.

En dehors de cette contrainte (qui affecte une petite partie des comptes de dépôts à vue), le reste des dépôts est utilisé au financement de l’économie.

Dans le cas des comptes d’épargne classiques, les banques vont rémunérer ces dépôts pour fidéliser la clientèle avec comme objectif la réutilisation de cet argent pour accorder des prêts à moyen / long terme.

Concernant les comptes d’épargne à régimes spéciaux, (Livret A, Livrets bleus, Livrets de Développement Durable, CODEVI, etc.), les fonds collectés par les banques sont déposés auprès de la Caisse des Dépôts qui se servira de ces derniers pour accorder des prêts sur 35 ou 40 ans aux organismes de HLM. On appelle cela le processus de financement du logement social ! Les fonds relatifs aux Livrets de Développement Durable (LDD) et Livret d’Epargne Populaire (LEP) sont plus particulièrement alloués aux crédits à destination des PME.

Permettez-moi, chers lecteurs, de vous présenter toutes mes félicitations ! Vous êtes l’un des plus grands fournisseurs de ressources aux banques et un acteur majeur du financement de l’économie française.

J’entends déjà des voix s’élever : scandaleux ! Comment peuvent-ils se servir de notre argent pour accorder des prêts à intérêts !!!

Faisons fi de l’aspect émotionnel qui souvent nous caractérise et posons-nous quelques questions pour avancer plus sereinement :
–    de quelles alternatives disposons-nous pour sortir de ce système ?
–    à notre petite échelle, avons-nous les moyens de contribuer au changement ?

Concernant les alternatives, il en existe certainement plusieurs, mais parlons de l’alternative islamique : interdiction de l’intérêt (sous toutes ses formes), licéité des activités financées, partage des pertes et profits, système de financement participatif, nécessaire transparence vis à vis de l’ensemble des parties, etc.

L’une des novations du modèle islamique tient au statut juridique du client : nous sommes des partenaires et non plus des préteurs.

A titre d’exemple, le déposant d’une banque islamique, autorisera, via un contrat de Moudharabâ, la banque à utiliser les dépôts logés sur les comptes d’épargne et les comptes d’investissements pour réaliser toute opération, d’investissement ou de financement conforme à la Shari’a. Les revenus issus de ces opérations, seront partagés entre la banque et ses déposants par le biais d’une rémunération qui sera corrélée aux résultats des projets financés par la banque.

Lors des assemblées générales des banques islamiques, les clients peuvent au travers des communications qui sont réalisées, avoir une idée très précise de l’emploi de leurs deniers par les banques. Ce devoir de transparence et d’information oblige d’ailleurs les banques islamiques à une grande rigueur dans la sélection des projets financés et des typologies de montages retenus (montages systématiquement revus par un Shari’a Board chargé de s’assurer de la conformité du montage au regard de la Shari’a).

En France, des associations comme AIDIMM  travaillent à la promotion du système financier islamique comme système alternatif. Les dernières poussées réalisées par les promoteurs de cette nouvelle finance ne résoudront certainement pas la problématique de l’utilisation de nos dépôts par les banques conventionnelles mais contribueront certainement à fixer les fondations d’une bâtisse pour l’émergence d’un système plus transparent pour l’ensemble des consommateurs quelque soit leur confession.

Si diverses problématiques restent à régler pour l’implantation de cette finance en France (frottements fiscaux, absence de garantie des dépôts, conceptualisation des contrats, etc.), il faudra que les consommateurs musulmans (actuellement absents de ce débat) deviennent une source d’impulsion, à l’image de l’Angleterre ou la population musulmane a fait preuve d’une extraordinaire implication durant les années 2000.

Cette participation pourrait revêtir plusieurs formes : l’adhésion à des associations de promotions de cette nouvelle finance : s’unir pour peser dans les débats ! A notre échelle individuelle, ne pas avoir honte de parler à son conseiller clientèle du souhait de pouvoir bénéficier de produits islamiques tels qu’il en existe dans certains pays européens.

C’est en étant conscient, au plus profond de nous, de notre responsabilité individuelle que nous pourrons contribuer au changement.

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Notes :

1.  Le classement 2009 des 50 premières banques mondiales par capitalisation boursière – Mardi 17 février 2009 – http://fb-bourse.blogspot.com.
2.  Article L311-1 du Code monétaire et financier : « Les opérations de banque comprennent la réception de fonds du public, les opérations de crédit, ainsi que la mise à la disposition de la clientèle ou la gestion de moyens de paiement ».
3. www.fbf.fr
4. http://www.banque-france.fr
5. Dette française à fin 2008 : 1 327,1 milliards d’euros, soit 68 % du PIB – Source : INSEE.
6. Ce montant tient compte du plafonnement des remboursements par déposant.
7. Augmentation du niveau de financement bancaire – El Watan, A. Benyahyia, le 8 mai 2007.
8. Les établissements de crédit sont tenus de respecter les règles de gestion destinées à garantir leur liquidité. Ils doivent à tout moment présenter un coefficient de liquidité au moins égal à 100% (Règlement n° 88-01 du 22 février 1988, dernière modification n°2000-10 du 10 décembre 2000)